Partager l'article ! La Chronique 14: ''Istanbul et le passage aux livres'' 10 jours que je suis a Istanbul. 3 que je cher ...
''Istanbul et le passage aux livres''
10 jours que je suis a Istanbul. 3 que je cherche desesperement le fameux passage aux livres dont beaucoup m´ont vante l´originalite. On m´a meme concocte une carte detaillee comme pour une chasse aux tresors. Pour finir, Deniz – que j´ai rencontre peu avant – decide de m´accompagner jusqu´a l´entree pour eviter toute nouvelle mesaventure.
Ca y est, j´y suis, enfin. C´est fou, je suis passe je ne sais combien de fois devant l´entree sans y preter attention. On dirait davantage celle d´un magasin de chaussures alors je ne m´etais pas arrete. C´est a croire que tout cela est organise pour garder un mystere style ''caverne dÁli Baba'' et pour ne faire rentrer que les inities.
La porte s´ouvre. Deniz me laisse ici, je rentre seul. Une pluie de contrastes s´abat sur moi. Il y regne un calme extraordinaire: les pages d´un livre font assurement moins de bruit qu´un moteur de voiture. Quant a la lumiere, elle verse dans l´agreable orange tamise que mon imaginaire assimile a celle d´un des decors d´Indiana Jones.
Puis, comme quelqu´un qui decouvrirait un nouveau continent, je fais mes premiers pas dans ces longues et etroites galeries. Sur deux niveaux s´amoncellent une trentaine de librairies remplies de livres d´occasions, des vieux disquaires, deux barbiers (cela peut toujours servir!), des vendeurs d´anciennes affiches de cinema, et pis un Cafe...pour boire du the (turc, bien sur).
Tandis que je fouille maladroitement dans un baque, j´entends quelqu´un qui m´appelle: ''Jeremie !''. C´est Onur. Je l´avais croise furtivement la veille a l´auberge. Il me prie de le suivre dans la petite boutique ou il travaille. Du moins, c´est ce qu´il me fait comprendre apres grace a un langage des signes qui nous est vite devenu propre!
D´immenses etageres habillent les murs dont on ne voit plus la couleur. Les livres semblent se battre entre eux pour avoir de la place. A certains endroits on pourrait tres vite provoquer un ecroulement des plus meurtriers! Il y a, d´ailleurs, deja des piles d´ouvrages qui gisent par terre et qui cohabitent avec des vieux jouets ou des cadres de photos en noir et blanc. Onur me fait alors m´asseoir a cote de lui, sur une caisse en bois qu´un coussin suffit a transformer en tabouret. Il m'offre le the.
A l´heure ou je vous ecris ces lignes, cette scene ne cesse de se repeter. Presque tous les jours. Desormais, nous avons meme quelques rituels comme celui de scruter les etageres a la recherche de livres deja lu pour partager nos impressions. Vian ou Flaubert sont souvent au centre de nos discussions. Nous finissons toujours par aller sur internet pour affiner nos arguments grace a Google Translate! Parfois, nous partons faire aussi un tour des autres marchands qu´Onur m´a presente des mes premieres visites. Comme Unit, specialise dans la Philosophie; Furlian, dans le Cinema; Halil, qui est un peu le parrain de tous (present depuis 1968 dans le Passage); et Furlian, le serveur qui amene le the pour tout ce petit monde...
A force, les clients en viennent a penser que je travaille dans la boutique! C´est d´ailleurs un peu comme cela que tout a commence pour Onur. Alors qu´il venait depuis plus de dix ans, un jour, il accepte de rendre service et de remplacer Ahmet (le proprietaire) pour un apres-midi. Depuis, il n´est jamais reparti!
Quant a moi, il me faut bien accepter le fait que je vis le dernier chapitre de mon voyage. Plus que deux semaines avant le grand retour. Avant l´ecriture de nouvelles pages...
Derniers Commentaires