Vendredi 8 janvier 2010
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"Retour vers le futur"
De retour au pays depuis une semaine, j'ai la désagréable sensation de m'être mué en un de ses anciens qui raconte sa Grande Guerre! Mon discours devient
presque automatique. Mes mots peinent à changer selon l'interlocuteur. Je ne sais plus si je suis le magicien qui a réussi à exaucer plusieurs de ses rêves ou un simple perroquet un peu
fatigué. Au moins, auprès de ma famille, la fin n'était pas à raconter mais à vivre ensemble: à partager.
Un mélange d'"happy end" à l'américaine et de tragédie grecque: voila comment j'aime voir ces retrouvailles. Le scénariste avait bien fait les choses. Le point
de rendez-vous était la Mosquée Bleue. Je les vois de loin qui se rapprochent derrière le tramway qui repart. Vite, ils sont dans mes bras. Le passé et le présent s'entrechoquent. Deux
réalités se superposent dans une sorte de "temps flottant". Et moi, je manque de me noyer. Le choc est trop lourd. Rien de tout cela ne semble vrai. Je veux sauter dans le Bosphore pour me
réveiller! Il y a une joie intense et de la fierté qui me brûle les yeux. Il y a une tristesse infinie et toutes ces larmes qui se planquent derrière mon sourire.
Pendant 4 jours, je prends le rôle de guide qui tente de leur faire découvrir un peu Istanbul qu'ils se mettent à adorer. Légitimement, nous jouons aux
touristes: pas le temps de faire autre chose. Et la réintégration du "déserteur" dans la famille se passe bien! Pas besoin d'être seul pour être libre. Il y a toujours ces moments où l'on me
demande des précisions sur une étape du voyage; d'autres où l'on me raconte à quel point des gens sont touchés par mon aventure. De là où j'étais, je ne me rendais compte de rien. Mieux,
j'apprends même que cette chronique se lit un peu!
Une fois à l'aéroport, je me souviens de mon départ pour Prague plusieurs mois auparavant. J'avais cru que je ne partirais jamais de Tillé. La sécurité avait
trouvé du gaz dans mon sac. A moi tout seul j'avais provoqué un retard d'une heure avant qu'ils ne découvrent que ce n'était que mon "réchau" de campeur! Cette fois-ci, il n'y a rien à
signaler et quelques heures suffisent pour revenir à Paris puis Beauvais.
Ce que j'éprouve alors est simple: j'ai peur. Peur que de mon voyage qui m'a fait, je ne finisse par voir qu'une entreprise absurde et d'un romantisme idiot.
Peur que mon appétit de l'essentiel s'évapore et que ma curiosité n'ait rien à se mettre sous la dent. Peur, enfin, que le retour me défasse. Puis, au début d'une nouvelle année, je prends
conscience que j'ai toujours en moi cet entrain de ne pas vouloir en rester là. Il y a cette insatisfaction permanente, cette envie de nouveaux défis, et cet espoir d'essayer de faire des
grandes choses. Je veux m'atteler de nouveau à une préoccupation qui m'avait pris tout mon temps: continuer à être heureux!

Par Jérémie
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Publié dans : Les chroniques
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